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Ça fait des années que je regarde des matchs et que je vois ça. Un joueur reçoit une bouteille, prend une gorgée, recrache. Prend une gorgée, recrache. J'ai longtemps cru que c'était une question de goût - genre la boisson était mauvaise. Ou une habitude de vestiaire. Ou juste un truc que les pros font parce que les pros font des trucs bizarres.
C'est aucun de ces trucs. C'est de la science, et c'est assez fascinant.
Réponse rapide
Les footballeurs rincent la bouche et crachent plutôt que d'avaler pour deux raisons : déclencher le carb mouth rinsing (les récepteurs buccaux détectent les glucides et envoient un signal d'énergie au cerveau sans passer par la digestion), et éviter les crampes d'estomac et les points de côté qu'entraîne l'ingestion d'eau pendant un effort intense.
Pourquoi les joueurs de foot crachent l'eau ?
Le cerveau trompé en 3 secondes chrono
En 2004, des chercheurs ont fait une expérience qui a pas mal agité le monde de la physiologie sportive. Ils ont montré que le simple fait de rincer la bouche avec une boisson sucrée - sans avaler une goutte - améliorait les performances sur des efforts de 30 à 60 minutes. Pas de 50%, hein. De 1 à 3%. Mais à haut niveau, 1 à 3% c'est la différence entre un contre bien défendu et un but encaissé.
Le mécanisme est simple à comprendre, même si on a mis du temps à le découvrir. La bouche est équipée de récepteurs capables de détecter la présence de glucides. Quand ces récepteurs s'activent, ils envoient un signal au cerveau via des zones liées à la récompense et au contrôle moteur - le cortex cingulaire, le striatum, tout un réseau qui gère l'effort et la motivation. Le cerveau interprète ce signal comme "de l'énergie arrive" et lève légèrement le pied sur le frein qu'il met habituellement à l'effort musculaire. En gros t'active le NOS, tu te souviens de Need for Speed sur Play 2 ? Et bien c'est pareil.
Résultat : le joueur se sent moins fatigué. Sans avoir avalé la moindre calorie.
Moi j'appelle ça tromper le patron. Et le patron, c'est le cerveau.
Pourquoi ne pas avaler, alors ?
Parce que le corps pendant un effort intense n'est pas un ami de la digestion. Voilà le truc :
Quand tu sprintes, ton organisme redirige le flux sanguin vers les muscles qui travaillent. Le système digestif, lui, est mis en veille relative. Si tu lui envoies quand même de l'eau ou une boisson à gérer, il grogne. Les résultats possibles : point de côté, crampes d'estomac, nausées, sensation de lourdeur qui ralentit les appuis. Rien de bon quand tu as un contre à finir en Ligue des Champions ou une montée au jeu qui se joue à 2-2 en fin de match.
Il y a aussi un deuxième phénomène, moins connu : l'effort intense augmente la production de MUC5B, une protéine qui épaissit la salive. Cette salive plus visqueuse est inconfortable, parfois au point de gêner la respiration. D'où les crachats fréquents, même sans boisson - ce n'est pas du manque de savoir-vivre, c'est une réaction physiologique. Dans le jargon on appelle ça : la pateuse.
Et donc le rinçage-crachat, c'est l'équilibre parfait : on active les récepteurs buccaux pour le signal cerveau, on évacue la salive épaissie, et on ne surcharge pas le système digestif. Trois problèmes réglés en cinq secondes.
À la mi-temps, tout change
Il y a une nuance importante que les commentateurs ne font jamais et qui te permettra de briller la prochaine fois que la discussion sur le sujet viendra : à la mi-temps, les joueurs avalent. Vraiment, complètement, sans cracher.
Logique : l'effort est interrompu. Le flux sanguin revient progressivement vers le système digestif. Le risque de stitch chute. Les joueurs peuvent s'hydrater sérieusement et récupérer une partie de ce qu'ils ont perdu en sueur pendant 45 minutes. La boisson de mi-temps, c'est pas du rinçage - c'est de la vraie réhydratation.
En cours de match, certains avalent quand même une petite gorgée si la chaleur est forte et que la déshydratation devient plus problématique que le risque digestif. Mais la règle générale reste : pendant l'effort, on rince et on crache.
C'est prouvé sur le football spécifiquement ?
Honnêtement, moins clairement que sur d'autres sports. Les études les plus solides sur le carb mouth rinsing portent sur des efforts continus de 30 à 60 minutes - cyclisme, course à pied. Le football, avec ses sprints intermittents, ses arrêts, ses contacts, est plus difficile à étudier en conditions contrôlées.
Certaines études sur des footballeurs n'ont pas trouvé d'amélioration significative. D'autres confirment l'effet. Les résultats sont donc mixtes sur le foot en particulier.
Ce qui est clair, en revanche : la pratique est massivement adoptée depuis que la recherche en sciences du sport s'est intéressée à ces mécanismes dans les années 2000, et les staffs médicaux des clubs professionnels ne font pas les choses au hasard. Que l'effet soit de 1% ou de 2% sur un match de Ligue 1, l'intérêt de rincer reste supérieur au risque d'avaler.
FAQ - Crachats et hydratation au foot : ce qu'il faut savoir
Pourquoi les footballeurs crachent l'eau au lieu de l'avaler ? Avaler pendant l'effort peut provoquer crampes et points de côté. En rinçant et crachant, ils activent des récepteurs buccaux qui stimulent le cerveau sans les risques digestifs de l'ingestion.
C'est quoi le carb mouth rinsing ? Une technique qui consiste à rincer la bouche avec une boisson glucidique puis cracher. La bouche détecte les glucides et envoie un signal d'énergie au cerveau, sans passer par la digestion. Étudié sérieusement depuis Carter et al. (2004).
Est-ce que le carb mouth rinsing est vraiment efficace ? Sur des efforts continus de 30 à 60 minutes, des études mesurent une amélioration de 1 à 3%. Les résultats sont plus nuancés pour les efforts intermittents comme le football, mais la pratique est adoptée par les staffs des grands clubs.
Est-ce que les joueurs avalent quand même parfois ? Oui, à la mi-temps principalement : l'effort est interrompu, le risque digestif disparaît. En cours de match, certains avalent une petite gorgée en cas de forte chaleur.
Pourquoi les joueurs ont autant de salive pendant les matchs ? L'effort intense augmente la sécrétion de MUC5B, une protéine qui épaissit la salive. Cette salive visqueuse est inconfortable, d'où les crachats fréquents même sans boisson.
Conclusion
Bon, voilà. Ce geste que t'as vu des milliers de fois sans jamais vraiment te poser la question, c'est un signal neural envoyé au cerveau pour contourner la digestion. Les équipes de sciences du sport des clubs professionnels passent des heures sur ce genre de détails - parce qu'un joueur qui arrive moins fatigué en seconde mi-temps, ça peut décider d'un titre.
Le foot à haut niveau, c'est autant de la biochimie que du talent. Et si les règles du jeu elles-mêmes ont évolué pour intégrer la science, il était logique que l'hydratation suive. Si tu veux creuser d'autres habitudes des pros qu'on comprend mal depuis les tribunes, on a aussi expliqué pourquoi les joueurs coupent leurs chaussettes - même logique : c'est jamais un hasard.
Passionné de foot depuis toujours, je gère coupdenvoi.tv pour que personne ne rate un match faute d'avoir trouvé la bonne chaîne. Je suis les transferts, les classements et les droits TV de près, surtout quand ça change aussi vite qu'en ce moment.